Chaque semestre, l'Association Les Poètes de l'Amitié ouvre un concours de nouvelles. Le lauréat se voit publier dans la Revue FLORILEGE.
La participation au concours est gratuite pour les abonnés à la revue.
Pour les autres participants, l'inscription est soumise à l'envoi d'un carnet de timbres poste (ou chèque de 5,60 €).
La nouvelle ( 2 à 5 feuillets, 40 lignes par feuillets environ en caractère Times de taille 12 ou équivalent) doit être adressée en 5 exemplaires, chacun portant une "devise" d'identification afin
d'assurer l'anonymat du concours. Le participant joindra en outre 2 enveloppes timbrées à ses nom et adresse, ainsi qu'un feuillet sous enveloppe comportant la devise qu'il a portée sur sa
nouvelle, le numéro et le thème de la nouvelle (voir ci-dessous), ses nom et adresse (éventuellement téléphone, adresse e-mail).
Adresse d'envoi : Revue FLORILEGE
Concours de
la Nouvelle N° ... ( voir ci-dessous)
B.P. 65
21021 DIJON
CEDEX
Le fait de participer au concours vaut renonciation de droits pour la publication de la nouvelle dans Florilège. Les nouvelles ne seront pas retournées aux auteurs, sauf demande et accord
préalables, auquel cas, les frais d'expédition seront à la charge du participant.
Ce concours est THEMATIQUE :
N° 34 " Lire et se taire " ( réception des nouvelles entre le 1° juin et le 31 décembre 2009 ; publication en juin 2010)
N° 35 " A quelque chose malheur est bon " ( réception des nouvelles entre le 1° janvier et le 30 mai 2010 ; publication en décembre 2010)
N° 36 "Aha..." (du 1° juin au 31 décembre 2010 ; publication en juin 2011)
N° 37 "fermé - ouvert" (du 1° janvier au 30 mai 2011 ; publication en décembre 2011)
N° 38 "benêt blanc et blanc benêt" (du 1° juin 2011 au 31 décembre 2011 ; publication en juin 2012)
N° 39 La nouvelle commencera par cette phrase : " De son sixième étage, accoudé au balcon, il contemplait
la foule qui déambulait dans la rue ; il souriait en pensant à..." et se terminera par "A présent, il était
convaincu d'avoir eu raison." ( du 1° janvier 2012 au 30 mai 2012 : publication en décembre 2012).
Voici le texte des 2 dernières nouvelles primées :
Au titre du thème 32, "dire ou lire ?", FLORILEGE a publié cette nouvelle de Alain REGUS dans son numéro 135 (juin 2009).
LA LECTRICE
La comtesse avait toujours aimé lire.
C’était son orgueil. Un orgueil qu’elle plaçait juste en dessous de celui que lui inspiraient ses enfants et la tenue irréprochable de son immense maison en
plein de cœur de Paris. Elle ironisait souvent, et avec une cruauté à peine dissimulée, sur les femmes de sa classe sociale, ces pimbê-ches aux goûts superficiels qui n’avaient jamais ouvert
d’autres livres que la Bible, et encore, rajoutait-elle, uniquement pendant l’Office. Mais avec l’âge, la vue de la vieille dame déclina peu à peu. La grosse loupe à manche d’ivoire ne suffit
bientôt plus et elle dû se résoudre à confier à Henriette, une de ses femmes de chambre, la charge de lire à haute voix les quatre à cinq ouvra-ges qu’elle se faisait acheter tous les
mois.
Henriette était la seule de ses domestiques à savoir lire – elle lisait d’ailleurs très bien – pour être née dans un milieu relativement aisé. Son père, un
négociant en vin (un de ces parvenus de la nouvelle bourgeoisie, disait la comtesse) tenait à ce que ses enfants, y compris les filles, reçoivent une éducation de qualité. Mais l’homme souffrait
aussi de quelques travers qui le poussaient par-fois à être moins scrupuleux en affaire avec les nantis qu’avec les gens du commun. La Justice le rattrapa, lui fit goûter à la paille amère des
cachots et l’entreprise familiale dut mettre la clé sous la porte. La mère, rempailleuse, ne put subvenir seule aux besoins de la famille et il fallut bien qu’Henriette, alors âgée de onze
ans, accepte comme ses frères et sœurs le sort des enfants pau-vres : l’usine puis, quelques années après, le confort relatif de maisons aristocratiques où elle s’échina dorénavant quinze heures
par jour.
Henriette ne se plaignait pas. Elle savourait son nouveau statut de lectrice comme une véritable promotion. Elle-même adorait les livres et les heures
qu’elle passait au chevet de sa patronne la dispensaient d’autant de l’harassant travail qui est le lot quotidien d’une chambrière. Henriette bénissait chaque jour son père, malgré ses
responsabilités dans le destin peu enviable de sa femme et de ses enfants, de lui avoir donné un précepteur et le goût des mots.
Les cinq autres domestiques ne cachaient pas leur amertume. Leurs épaules s’étaient alourdies de la charge de travail qu’Henriette n’assumait plus. Francis,
le majordome et chef du personnel, plus craint des autres domestiques que la comtesse elle-même, ne manquait jamais de lui reprocher « ses ambitions au-delà de son rang ».
Henriette n’éprouvait aucun scrupule. Elle ne faisait qu’obéir à sa maîtresse et tant mieux si ses reins la faisaient maintenant moins souffrir et si la
nuit, elle retrouvait sa chambre moins épuisée qu’avant.
La comtesse appréciait particulièrement qu’elle lui fasse la lecture à la nuit tombée, quand le si-lence et le calme régnaient enfin dans la maison.
Après qu’Henriette eut passé au moine les draps du dessous et servit dans un bol en faïence l’ultime infusion de la journée, la vieille dame allongeait sont corps amaigri par l’âge sur le grand
lit à baldaquin, remontait jusqu’au menton la courtepointe brodée et fermait les yeux, signe qu’elle était prête. Henriette s’asseyait alors sur une chaise au chevet du lit, ouvrait le livre à
l’endroit marqué par l’onglet en tissus et commen-çait sa lecture. Cela pouvait durer dix minutes ou plus d’une heure. A un moment donné, la com-tesse ouvrait la bouche et laissait s’échapper un
début de ronflement léger et très aigu. Elle refer-mait alors le livre, le posait sur la table de nuit et quittait doucement la chambre.
Depuis peu, la comtesse s’était amourachée d’un auteur américain nommé Edgar Allan Poe, dont les œuvres venaient d’être traduites en français par le poète
Baudelaire. Elle semblait se délecter de ces ambiances crépusculaires auxquelles servaient d’écho les ténèbres de la grande chambre que la lumière vacillante des deux bougeoirs avait peine à
mordre. Henriette tressaillait parfois à un détour particulièrement angoissant du récit, mais son amour des livres et l’impatience de connaître la suite subjuguaient ses craintes
irraisonnées.
Ce soir là, alors que la pluie s’abattait furieusement contre les volets fermés de la chambre, elle lisait à la vieille dame Double assassinat dans la rue
Morgue et en était au passage où Augustin Dupin découvre les corps atrocement mutilés de Camille L’Espanaye et de sa mère.
Elle faisait des efforts désespérés pour assurer sa voix, ses mains et tout son corps tressaillaient, les mots imprimés se voilaient souvent devant ses yeux.
La description précise des sévices subits par les deux victimes n’expliquait en rien cet état d’émotion. La fièvre qui la tenait s’était empa-rée d’elle vers deux heures de l’après-midi lorsque
qu’elle avait commis l’irréparable. Son destin était dorénavant scellé et elle tremblait d’interrompre sa lecture pour annoncer à sa maîtresse ce que ce destin présentait de cruellement commun
avec elle. Son geste de rébellion faisait d’elle une meurtrière et de sa maîtresse une mère en deuil. Tandis que les mots défilaient devant ses yeux et qu’elle les prononçait d’une voix
mécanique, son esprit vola jusqu’à sa chambre en sous-sol où gisait le corps sans vie du fils aîné.
- Et bien ma fille, êtes-vous souffrante ?
La vieille dame venait d’ouvrir une paupière et de tourner légèrement la tête dans sa direction.
- C’est que Madame… Rien, Madame. J’ai sûrement pris froid cette après-midi.
- Couvrez-vous quand vous sortez. Finissez au moins ce récit, j’ai hâte de connaître la fin.
- Oui Madame.
Elle reprit sa lecture.
Ce corps dans sa chambre. C’était un accident. Elle n’avait pas voulu tuer. La violence lui était étrangère. Sa maîtresse l’appelait sa douce Henriette. Mais
aujourd’hui, la douce Henriette avait saisi le lourd chandelier en forme de tige de rose posé sur sa table de chevet. Instinctivement.
Un seul coup derrière la tête pour se libérer du corps qui s’appuyait si lourdement contre le sien. Monsieur Alphonse avait roulé en bas du lit minuscule en
se tenant l’arrière du crane. Elle se pencha. Le corps de Monsieur fut prit d’un unique spasme puis se relâcha d’un coup. Quand elle passa son face-à-main devant le nez de son maître aucun
souffle ne voila sa surface. Le premier réflexe d’Henriette fut de hurler, d’alerter la maison, de s’effondrer au pied de la vielle dame pour implorer son pardon, expliquer son geste. Mais le cri
animal venu du plus profond de ses entrailles se cogna contre la barrière des lèvres. Elle demeura ainsi longtemps, immobile, la bou-che ouverte tandis que dans sa tête se dessinait l’image d’un
échafaud dressé sur une place publi-que.
Elle sortit, comme elle le faisait tous les jeudis après-midi et marcha dans les rues enchâssées dans leur écrin de neige, comme un automate, jusqu’à huit
heures où elle reprit son service.
Ceci, dis-je, n’est pas la trace d’une main humaine. Des mots encore, ceux d’Edgar Poe. Il ne manque qu’une dizaine de pages avant la conclusion. La comtesse
ne dormira pas avant. S’arrêter. Poser le livre. Dire « Madame, un grand malheur est arrivé. Votre fils…. »
Apprêtez-vous, dit Dupin, prenez vos pistolets, mais ne vous en servez pas… Comment une mère pourrait pardonner à l’assassin de son fils même si, aux yeux de
Dieu, le fils méritait sûrement son sort ? Pourtant, il faudrait bien qu’à un moment ou à un autre elle avoue l’inavouable.
Le corps est dans sa chambre. Alors pourquoi pas maintenant ? Et si elle commençait par lui rendre compte des outrages dont son fils s’est rendu coupable
pour en venir ensuite au drame de tan-tôt ? La vieille dame ferait-elle preuve de plus de compassion en sachant que son aîné s’était livré à des actes que réprouvent Dieu et la justice des
hommes. Que la pudeur d’une femme et son honneur avaient été souillés plusieurs fois sous son propre toit et par son propre héritier ?
La comtesse se montrait exigeante avec ses domestiques. Elle supervisait d’un œil aigu et critique le bon fonctionnement de la maison, inspectant la propreté
du linge, l’entretien des sols, la bril-lance de l’argenterie et jusqu’au cirage des parquets. Elle arborait avec eux cet air supérieur et un rien condescendant qui est davantage le fruit d’une
éducation que d’un réel mépris. Mais Henriette devait bien reconnaître que son sort restait plus enviable que celui de bien d’autres : les blâmes étaient mesurés et vite oubliés, les gages un peu
au-dessus de la moyenne et chaque do-mestique bénéficiait d’une après-midi entière de repos alors qu’ailleurs on trimait souvent sept jours sur sept. La comtesse savait faire preuve de douceur,
de clémence et même d’un certain altruisme. Le grand âge et l’approche de la mort semblaient l’amener chaque jour à plus de bonté. Elle s’enquérait souvent du bien-être et de la santé de ses
employés, distribuait des étrennes généreuses à Noël et n’oubliait aucun anniversaire.
De plus, elle n’ignorait rien des frasques de son fils aîné. Henriette, comme toute la domesticité, avait souvent surpris, traversant les portes, les
tempêtes de reproches qu’elle déversait sur cet héritier libertin, buveur et amateur de câtins. Sa réputation en ville n’était plus à forger et la police le ramena bien des fois, en pleine nuit
ou au petit jour, have, hirsute et flageolant sur ses jambes.
Admettrait-elle les horreurs que sa domestique dut supporter, l’impudeur du comportement de son fils, le geste de défense auquel elle fut contrainte cette
après-midi ? L’accident ? Ou est-ce que sa douleur de mère, faisant fi des anciens reproches, submergerait toute nuance dans son ju-gement ?
S’acharnerait-elle à condamner sa domestique avec la même impitoyable rigueur que celle d’un procureur ? L’image de l’échafaud vint à nouveau se glisser dans
son esprit.
Que Dieu me soit en aide ! dit-il après une petite pause, je vous dirai tout ce que je sais sur cette affaire. Encore trois pages. A la fin du récit, elle se
confierait : « Madame, votre fils est dans ma chambre et… »
Cela faisait un moment que le Maître posait sur elle un regard ambigu. Elle se sentait nue à cha-que fois qu’il se tournait vers elle. Le jeudi de
l’avant-dernière semaine, à deux heures, alors qu’elle passait sa plus jolie robe avant de sortir et profiter de son après-midi hebdomadaire, elle entendit frapper à sa porte. Elle en fut
étonnée. Une sonnette reliait sa chambre au reste de la maison et l’on ne se déplaçait jamais quand on avait besoin d’elle. Mais sa candeur ne prêta rien d’équivoque à cette bizarrerie. Elle
finit de boutonner le haut de sa robe et ouvrit la porte, un peu surprise mais sans crainte.
Il était là, efflanqué, droit comme un hussard, le regard vitreux de celui qui a abusé de l’alcool.
Il ne prononça pas un mot. Il la poussa jusqu’au lit à travers la minuscule chambre et ferma la porte derrière lui. Malgré ses larmes et ses supplications
qu’il étouffa du bâillon de sa main grasse, il souilla à jamais son innocence de fille de vingt ans par son odeur, sa sueur et l’humeur visqueuse qu’il déversa en elle. Puis il se rajusta et
partit sans un mot.
Henriette resta prostrée plus d’une heure sur son lit puis elle se déshabilla et se lava longuement, passant et repassant sur son corps le rêche et grossier
pain de savon sans réussir à gommer l’odeur étrangère qui la recouvrait comme une seconde peau. Elle se rhabilla et ce n’est qu’ensuite qu’elle put enfin pleurer. Une longue et interminable
plainte qui la laissa sans force.
Il était quatre heures quand elle quitta sa chambre, remonta l’escalier à vis jusqu’aux cuisines, traversa la demeure en prenant soin d’éviter quiconque et
sortit précipitamment dans la rue en-neigée où un fiacre manqua la renverser. Un épais fichu de laine posé sur sa tête pour se protéger du froid mordant et cacher sa honte, elle se rendit à
grands pas vers son unique refuge, son seul asile : la blanchisserie que dirigeait sa sœur Yvette.
Quand elle entra, elle fut frappée par le contraste saisissant entre l’air glacial de la rue et la cha-leur étouffante de la boutique. Sa sœur et ses deux
employées travaillaient en bras de chemise, dénudées jusqu’à la limite acceptée par la bienséance. Des volutes de vapeur atténuaient les contours des objets et des corps. Elle tourna de l’œil,
ses jambes la lâchèrent. Yvette la retint à bout de bras et l’entraîna immédiatement vers l’arrière-boutique. Un petit verre d’eau-de-vie à la main, la voix secouée de sanglots, elle raconta son
humiliation et sa blessure au seul être qui put les entendre.
« Maudits bourgeois » s’exclama sa soeur « un jour, nous leur rendrons coup pour coup ».
Partagée entre la haine et la compassion pour sa cadette, la blanchisseuse berçait doucement Hen-riette tout en caressant ses cheveux
blonds.
Yvette était aussi une grande lectrice mais ses goûts et ses convictions la portaient vers des livres bien différents des romans d’aventure que dévorait la
chambrière. Elle parlait de Marx, d’Engels et de socialisme. Elle lisait des oeuvres interdites qui circulaient sous le manteau et à la barbe de la maréchaussée. Durant les terribles jours de La
Commune, déguisée en garçon, le visage mas-qué d’un foulard, elle avait fait le coup de feu sur les barricades n’échappant que de justesse aux arrestations de masse et aux exécutions sommaires.
Son propre fiancé et plusieurs de ses camara-des perdirent la vie dans les rues de la capitale sous les balles des Versaillais.
Les larmes d’Henriette commencèrent un peu à se tarir. La tendre complicité de sa sœur et les effets de l’eau-de-vie se conjuguèrent pour apaiser sa
douleur.
- Je crois que je dois en parler à Madame.
- Madame, répéta Yvette en y mettant tout le dédain dont elle était capable, et que fera Ma-dame d’après toi ? Au mieux
elle tirera les oreilles de son dégénéré de fils et lui fera pro-mettre de ne plus recommencer. Mais il recommencera, et si elle doit choisir entre la répu-tation de sa famille et la tienne, elle
n’hésitera pas un seul instant.
- Alors qu’est-ce que je dois faire ?
- Dis ses quatre vérités à ta patronne et fais ton baluchon. Je peux te faire une place à la maison le temps que tu trouves un logis. Il ne
manque pas de travail ici. Je t’apprendrais le métier.
Henriette observa le visage vieilli avant l’âge de son aînée, ses traits tirés, les traces de brûlures de fer qui mouchetaient ses mains et ses avant-bras,
sa peau d’une nuance de lait caillé sous l’effet de la vapeur d’eau.
- C’est que je n’ai pas ton tempérament, ni ton courage…
Sa sœur eut un sourire où se mêlaient la tendresse et l’ironie.
- Là-bas tu manges à ta faim, il y fait toujours chaud et ton travail est moins pénible depuis que tu es lectrice. Tu risques bientôt de
considérer les outrages de ton patron comme le prix à payer pour ta sécurité. Il le sait bien, lui. Alors prends garde ! A vouloir être une fille protégée, tu seras une fille
perdue.
- S’il recommence j’irais à la police, dit-elle sans en être vraiment convaincue.
- Il niera. Et que vaudra la parole d’une chambrière contre celle d’un héritier de grande fa-mille. La bourgeoisie vient de reprendre le
pouvoir à la noblesse impériale à l’occasion d’une guerre perdue et en versant le sang du peuple. Une république, la troisième déjà de-puis La Bastille. Mais les riches continuent à user du
peuple comme ton Maître use de toi. Ici je suis la patronne mais je gagne comme mes ouvrières. Viens nous rejoindre, on s’en sortira en nous serrant les coudes.
Remplie de révolte et d’une hardiesse inconnue, Henriette rentra chez la comtesse à huit heures bien décidée à lui jeter au visage le crime de son fils et à
réclamer son congé. Elle se changea dans sa chambre et quand elle fut de retour dans le grand salon, Francis lui apprit que Madame était souffrante et qu’elle se passerait de lecture jusqu’au
lendemain. En lieu et place, Henriette devait se rendre à la buanderie pour le repassage du linge de table.
Son travail de la soirée la ramena à sa sœur et à la chaleur insupportable de sa blanchisserie, puis à sa mère qui sombrait lentement dans l’alcoolisme, à
son père qui purgeait une peine de dix ans de prison pour un forfait qui n’aurait coûté qu’un blâme à un plus riche, à son frère aîné qui se mourait de tuberculose, à son cadet, mineur dans le
nord du pays. Quand à onze heures elle souf-fla la bougie de son chandelier en forme de tige de rose, ses résolutions déjà bien émoussées se diluèrent dans les profondeurs d’un sommeil peuplé de
mauvais rêves.
Le lendemain matin, elle croisa à trois reprises Monsieur Alphonse qui baissa piteusement les yeux en la voyant. L’espoir s’éveilla en elle que le crime de
la veille, même s’il restait à jamais impuni, ne se reproduirait plus et que la cicatrice dans son âme et dans son corps finirait par se refermer. De plus, par un mécanisme de la pensée qu’elle
ne pouvait analyser clairement, la honte de l’évènement pesait bien plus lourdement sur son propre esprit que sur la colère qu’elle éprou-vait pour son agresseur.
Elle passa l’essentiel de la matinée avec Mademoiselle Marie, la fille cadette de la Comtesse, qui lui demanda son aide pour trier les nombreux livres de la
bibliothèque et amener les plus usagés chez le relieur.
Les deux jeunes femmes avaient le même âge, presque au jour près, et leur différence de rang n’empêcha pas qu’une solide sympathie naisse entre elles et se
conforte au fil du temps.
D’ailleurs, Mademoiselle Marie ne semblait rien voir ou ne rien retenir des frontières qui séparent les gens selon leur naissance, leur éducation, leur sexe
ou leur âge. Elle manifestait à chacun la même attention dévouée et ne jugeait les autres qu’à leur propension à s’abandonner eux-même à cette manière généreuse et équitable d’aborder autrui.
Elle passait beaucoup de son temps en œuvre de charité, allant jusqu’à seconder ces laïcs et ces religieuses qui bravent les frimas de l’hiver pour distribuer la soupe populaire aux plus
déshérités.
La comtesse avait donné naissance à cinq enfants mais deux d’entre eux moururent à la naissance et Monsieur Justin, militaire de carrière, trouva la mort
deux ans plus tôt dans la terrible guerre contre les Prussiens. Mademoiselle Marie aurait bien vendu une partie de la surnuméraire argenterie de famille pour soulager le malheur des plus pauvres
si son dernier frère et héritier principal du patrimoine familial ne contrebalançait en permanence par sa pingrerie les élans du cœur de sa jeune sœur.
Henriette pensa un moment confier ses malheurs à sa jeune Maîtresse mais elle ne put s’y résoudre tant l’étouffaient les affres d’une culpabilité qu’elle
savait pourtant contre nature et la crainte de perdre une amitié si précieuse.
A une heure de l’après-midi, le médecin monta le grand escalier jusqu’à la chambre de la Comtesse. Quand il redescendit, l’air inquiet, il informa Francis
que sa Maîtresse devait garder le lit jusqu’à nouvel ordre. Quand elle lui apporta son infusion vers quatre heures, elle trouva la vieille dame si fatiguée que les dernières bribes de ses
résolutions farouches de la veille au soir fondirent comme neige au soleil.
Sachant bien qu’elle avait mérité un châtiment, elle semblait vouloir cacher les traces sanglantes de son action… Henriette vient de tourner la dernière
page. Elle sent que sa patronne lutte contre le sommeil pour ne pas rater la fin du récit. Quand elle aura refermé le livre, elle sait qu’il ne lui restera que quelques instants pour avouer la
terrible vérité, qu’au-delà de ces instants elle se tai-rait à jamais devant sa patronne et ne la reverrait qu’entre les quatre murs d’un tribunal. Henriette sortirait de la vaste chambre et se
rendrait à la gendarmerie, quelques pâtés de maison plus loin. Le logis serait réveillé bien tard par l’arrivée des militaires. L’obligerait-il à les accompagner ? Faudra-t-il qu’elle les
conduise jusqu’au corps, qu’elle reste là, dans la chambre du crime, sous le regard effaré des domestiques et les larmes de Mademoiselle Marie tandis que les hommes en uniforme feraient les
premières constatations avant d’emporter le cadavre ? On laisserait sûre-ment la Comtesse dans les profondeurs du sommeil pour ne la prévenir que le matin.
Henriette repensa aux discours de sa sœur sur la justice de classe. A nouveau cette image d’échafaud…
Monsieur Alphonse avait choisi la même occasion que la première fois : Ce moment qu’elle pre-nait le jeudi à deux heures pour se préparer à son après-midi de
congés. Depuis deux semaines, Henriette bloquait avec une chaise la poignée de sa porte sans serrure. Elle était à demi-nu quand elle vit le bouton de porte bouger d’un quart de tour tandis
qu’une pression toujours plus forte s’exerçait de l’autre côté. Sa jolie robe était étalée sur son lit. Elle s’en saisit et s’en couvrit la poitrine. Elle se coula alors contre la porte opposée.
Elle ne pensa même pas à l’ouvrir pour tenter de s’échapper vers la vaste buanderie puis vers la cour mitoyenne. Elle voulut crier mais sa gorge lui paraissait trop étroite pour le passage du
souffle. La porte s’ouvrit d’un coup. La chaise vola dans la pièce. Monsieur Alphonse entra en se tenant l’épaule.
« Non » réussit-elle à dire d’une voix à peine audible. L’homme se précipita sur elle et la jeta sur le lit. Une main sur sa bouche, une autre fouillant
l’intérieur de ses cuisses, il emprisonna sous son poids le corps révolté de sa domestique. Une haleine fétide de bière rance saturait le peu d’air qu’elle arrivait encore à aspirer. Et puis,
alors que la virilité de son Maître cherchait à s’immiscer en elle, sa main tomba presque par inadvertance sur le chandelier en forme de tige de rose. Un seul coup. Un seul. Et le corps lourd qui
se dérobe du sien pour s’effondrer sur les lattes du gros-sier parquet.
Je veux parler de sa manie de nier ce qui est, et d’expliquer ce qui n’est pas. Fin.
Elle ferma le livre. La comtesse souleva les paupières.
- Merci ma fille. Allez-vous coucher maintenant. Si vous êtes souffrante demain matin, prévenez Francis que vous gardez le
lit.
- Merci Madame
La vieille dame eut un faible sourire puis ferma les yeux. Elle s’endormit immédiatement. Hen-riette ne parlerait plus.
Elle observa sa Maîtresse une longue minute puis quelque chose bascula au plus profond d’elle-même. Dans son esprit, un petit volet, fermé depuis toujours,
venait de bouger sur ses gongs. A travers la perspective ainsi dégagée, Henriette discerna comme dans un rêve éveillé et avec une précision étonnante, tous les gestes qui seraient les siens entre
cet instant et celui où elle s’endormirait. Son cœur sauta dans sa poitrine mais se calma aussitôt.
Elle traversa la chambre et ouvrit la grande armoire où l’on rangeait la literie de rechange. Elle saisit un large oreiller sans taie, revint vers le lit et
sans hésiter une seconde le posa sur le visage de sa patronne en appuyant de tout son poids. Le faible corps, emprisonné sous l’épaisseur des draps et de la courtepointe, n’eut que quelques
rapides soubresauts avant de s’immobiliser à ja-mais. Henriette retira l’oreiller puis passa la petite psyché sous le nez de la vieille dame. Rien n’altéra sa surface. Elle remit l’oreiller à sa
place et sortit de la chambre à peu feutrés comme s’il eut été encore possible qu’elle en réveille son occupante.
La Comtesse avait soixante-douze ans. La mort de son fils Justin l’avait encore diminuée davan-tage. Ses malaises se multipliaient ces derniers mois et voilà
quinze jours qu’elle ne quittait plus le lit. Qui s’étonnerait qu’elle fût passée pendant la nuit ?
Dans la cuisine, elle croisa et salua en souriant Adeline qui terminait la vaisselle. Elle traversa ensuite l’arrière-cuisine pour emprunter l’escalier à vis
qui descendait à sa chambre. La petite pièce était un rajout récent, décidé lorsque qu’il s’avéra indispensable d’engager une domestique supplémentaire. Le sous-sol avait été préféré au grenier
dont les voliges très anciennes étaient fragilisées par l’âge et les charançons. La chambre était presque aveugle, seule une fenêtre longue et étroite à l’angle du plafond donnait directement sur
le sol dallé de la cour intérieure.
Elle observa un moment le corps longiligne, d’une maigreur maladive, qui reposait sur le sol.
Elle se déshabilla entièrement et passa une longue chemise de nuit en lin. Elle sortit de son ar-moire un drap bleu et le posa sur le cadavre comme un
linceul puis elle fit basculer le corps sur le dos pour qu’il fût entièrement entouré par la pièce de tissus. Elle tira sur le drap et le corps suivit sans peine. Il ne devait guère peser plus de
soixante-cinq kilos et Henriette était solide. A l’endroit où se trouvait la tête du défunt, une minuscule tâche rougeâtre maculait le bois. Elle emporta également plusieurs pièces de tissus
usagés dont elle se servait pour cirer ses chaussures. Elle ouvrit la deuxième porte et fit glisser sa charge à travers la buanderie, entre les grosses lessi-veuses, les deux lavoirs aux pans
inclinés et le labyrinthe de cordes où séchaient des murs de lin-ges de corps, de nappes, de serviettes et de draps brodés. Au fond de la buanderie, une nouvelle porte. A peine ouverte, Henriette
perçu le ronflement lourd et rassurant de la chaudière. L’énorme machine trônait au centre de la pièce, entourée sur trois côtés par une véritable montagne de ga-lets de charbon. Elle ressemblait
à un monstre paisiblement endormi. Des épis de tuyaux argentés s’élançaient du haut de sa masse de fonte pour se perdre dans le plafond dans toutes les direc-tions. Dans la vaste cave étaient
aussi entreposés de nombreux outils dont Francis se servait pour l’entretien de la maison et des jardins. Elle sélectionna une scie à bois, une autre à métaux et deux cisailles de dimensions
différentes. Il était presque minuit. Francis venait vers dix heures pour nourrir une dernière fois la bête de grandes pelletées de charbon. Plus personne ne descendait dans la cave après lui.
Elle ouvrit la porte de la chaudière et se mit au travail. L’énorme gueule avala sans rechigner deux bras, deux jambes, une tête et enfin un tronc entier d’homme. Comme un Dieu cannibale et
affamé, la machine semblait rugir de plaisir à chaque fois qu’Henriette glis-sait dans ses entrailles une nouvelle offrande.
Quand le festin fut fini, elle essuya avec les petites pièces de tissus le sang frais qui maculait ses mains, ses avant-bras et ses pieds. Elle les jeta
ensuite dans la chaudière avec sa chemise de nuit rougie du sang de son ancien Maître. Nue, elle revint à la buanderie et nettoya les outils dans l’eau du lavoir. Elle les replaça ensuite à
l’endroit précis où Francis les rangeait.
De retour dans la buanderie, elle se glissa entièrement dans l’eau glacée du lavoir, savonna son corps et le rinça. Elle grelottait en rentrant dans sa
chambre. Elle passa sa chemise de nuit la plus épaisse, nettoya rapidement la petite tâche sur le sol et put se réchauffer enfin sous l’épaisseur du duvet.
Monsieur Alphonse était un noceur. Il pouvait parfois passer dehors jusqu’à quatre jours sans donner de nouvelle, partageant sûrement, avec la lie des
hommes, les ambiances délétère des pires tripots et cuvant son vin contre le flanc des putains. Quand demain matin, on retrouverait le corps sans vie de la Comtesse, on enverrait sûrement Francis
à sa recherche mais on mettrait beaucoup de temps avant de s’inquiéter vraiment de cette absence. D’ici là, le Moloch de la cave aurait fait disparaître jusqu’au plus petit os de ce que fut
le fils indigne.
Elle pensa à Mademoiselle Marie, désormais seule héritière de la famille.
Une vie entière à servir cette Maîtresse douce, patiente et mesurée…
Avant de s’endormir, elle lut encore quelques pages d’Edgar Allan Poe. Elle avait glissé l’ouvrage dans sa poche avant de sortir de la chambre de la
Comtesse.
Après avoir reposé le livre sur sa table de nuit, elle se pencha vers la flamme de la bougie pour la souffler. Elle remarqua alors une goutte de sang durci,
comme une perle rouge sombre sur une des « épines » du chandelier. Elle s’était enfoncée dans la nuque de Monsieur, le blessant peut-être plus mortellement que le coup
lui-même.
Elle se promit de la nettoyer dès son réveil et s’endormit paisiblement.
Alain REGUS
Au titre du thème 31, " Prends ma main ", FLORILEGE a publié cette
nouvelle de Fabrice MARZUOLO dans son numéro 133 (décembre 2008).
Main-forte
Je travaille dans une scierie –quelle chierie… Un métier de louf, de crève-la-faim comme tant d’autres aujourd’hui. Je suis né pour écrire, je rêve d’une vie
d’errance avec mon carnet en poche. Observer les gens, noter les impressions, voilà de quoi j’aimerais vivre. Pas journaliste surtout, des langues de bois ,et le bois d’aucune façon, j’ai le
dégoût du bois.
Quand je débite les troncs des arbres assassinés , c’est à un cercueil que je songe. Alors, pas question de finir entre quatre planches -vive l’incinération.
La fumée . Le grand air. Enfin ce qu’il en reste.
J’ai bien essayé de me contenter du chômage, la portion congrue…Mais avec les nouvelles mesures, les suppôts du grand faucheur m’ont acculé au pied du
mur : le bois ou plus de toit, rien. En ce qui me concerne, on ne peut pas dire que la faim m’ait fait sortir du bois, au contraire, elle m’y a plongé jusqu’au cou. Et ces salopards de
patrons n’y vont pas de main morte : des heures à revendre…En théorie, on peut refuser le surplus de torture, mais dans la pratique, c’est scie ou crève. Depuis l’élection d’un yachtman à la star
Elysée, le medef est roi dans ce pays. Il mène la barque mais pas cloué aux rames, lui.
Je suis prisonnier de ce système où il devient impossible de se contenter de peu. Tout est calculé, verrouillé : la téléphonie moins chère que le pain, la
grosse voiture plus accessible que quelques mètres carrés de galetas. Donc, pour accéder au nécessaire, d’abord franchir la case inutilités en tous genres…Bref gagner son pain revient avant tout
à faire tourner le commerce, entrer dans la danse immonde de la consommation, aboucher des tuyaux à nos poches, l’argent qui entre par l’un ressort par l’autre, une vie de chiotte portatif.
Le temps libre, la réflexion sont devenus le véritable luxe de l’époque. Ceux qui osent s’aventurer sur ce terrain, ceux qui ont échappé aux sirènes médiatiques, sont condamnés à subir le revers
de la médaille, sont traités comme les déserteurs de 17 ou les juifs de 40…Bien sûr, ils ne finissent pas au poteau ou au four mais ils sont voués à la déchéance de la soupe populaire, ils
pourrissent sur pied, bouffés de l’intérieur, parasités, pas soignés…Pas derrière des barbelés, non, au milieu des masses d’indifférents…Ils sont engloutis, digérés, déglutis –le crime de guerre
économique est un crime presque parfait qui va avec l’aveuglement de ses petits soldats.
Aujourd’hui, après la pluie, le gris et les sautes de température, mon quotidien s’aggrave de ce qu’ils nomment une belle journée d’été. Une lumière jaunasse
, de l’irrespirable, un truc dans lequel je me retrouve comme un poisson tiré hors de l’eau…Une serre sur la ville, le bonheur des débiles. Le premier pet de soleil et voilà les partisans de la
Rolex en bras de chemise étalés aux terrasses des cafés. Plus de véritables saisons, mais des clichés d’été qui se vendent bien. Les bouffeurs d’heures sup s’accordent dix minutes de
Ray-ban avec l’air de s’envoyer un quinquennat de soleil…Pourritures, la société bâtit les murs de sa prison avec la médiocrité de ses consommateurs…
C’est la pause rikiki de midi, j’ai plus d’appétit, putain de scierie, elle réduit mon existence en copeaux…L’idée folle qui me trotte dans la tête depuis
quelques semaines vire à l’obsession. Je suis droitier, mon choix est arrêté, je n’ose plus regarder ma main gauche, y songeant constamment je m’interdis cependant d’y penser…Une histoire
délirante avec cette main qui me supplie d’abandonner mon projet :
-Une barbarie digne des grands bouchers de l’histoire ! elle hurle…
Elle me touche mais je ne l’écoute pas…
-Un massacre, un dessein inhumain ! s’écrit la main…
Elle frémit d’horreur, les poils se dressent sur son dos quand elle constate que je la délaisse et tente de boucler mes occupations courantes d’une seule
main…Cet apprentissage la révulse.
Mais suis-je coupable lorsqu’on me voue à l’économie et qu’on me ferre à la charrue ? Les bourreaux ne sont-ils pas ceux qui récoltent les bons chiffres,
ceux qui entretiennent la peur du chômage, ceux qui votent les lois condamnant les issues, nous livrent pieds et poings liés à la merci de cette entreprise créatrice d’emplois et avant tout
ruineuse d’humanité? Les bourreaux sont ceux qui nous poussent à des actes désespérés.
Cet assujettissement me donne mal au bide, combien de temps vais-je devoir supporter ce pressoir? Chaque année les politiques appliquent quelques tours
de vis supplémentaires , tirent de nous des suées juteuses pour la Bourse…
Ces pensées m’ont mis en retard, je vais devoir m’expliquer –que cela ne se reproduise plus, que si ça ne me plaît pas, d‘autres attendent devant la
porte…Malgré tout, je m’accoude au parapet du pont, je regarde couler l’eau du fleuve. J’entends les bruits hargneux des engins de terrassement sur un chantier, les cris stridents des enfants
d’une maternelle proche, y répond l’écho blanc du grand vide ambiant. Puis je retrouve un peu cette impression particulière, à la fois salutaire et angoissante, de l’école buissonnière, des
chemins clandestins, de ces lieux où l’on ne devrait pas être à certaines heures. On respire plus intensément et la légèreté des pas alors prouve qu’habituellement des boulets entravent la
marche…
Non, je ne veux plus de ce maudit travail, de ce carcan. Il me faut agir à la manière de ces animaux qui sacrifient un membre pour se libérer des
mâchoires du piège…
De retour à l’atelier, je fais fi des remontrances du chef, il menace, on verra bien…Je suis décidé à risquer quelque chose afin de me sortir définitivement
de l’impasse du travail. Les poilus se tiraient une balle dans la main pour ne plus aller au feu…Je démarre la machine, la lame circulaire retrousse ses babines, aussitôt les crocs d’acier
déchirent l’air à grande vitesse…Les yeux fermés, les tempes brûlantes, je crie à la scie :
-Prends ma main !
Fabrice Marzuolo
Tarif
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