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Dimanche 8 avril 2007

 
POUR MES VIEUX OS
 
 
Si je devais mourir - admettons l'hypothèse -
Fi des marbres polis et des granits pesants !
J'aurais fini ma vie, sans doute pour longtemps,
Et l'on m'enterrerait sans souci de mes aises !
 
Je veux pour reposer une dalle de verre,
Les talons au fourré, la tête sur le chemin
D'un cimetière hanté chaque jour comme Toussaint
Et où l'on vient flâner, ou mieux, y boire un verre !
 
Je suis formel, gardez-moi bien les yeux ouverts :
Il aimait les étoiles, il admire le ciel clair.
Trouvez une raison, sinon, une ineptie.
 
Et je promets d'attendre - aurais-je bien le choix ? -
Que les filles en jupes s'approchent un peu de moi,
Mais je resterai sage, feignant l'ataraxie.
 
 
 
 
Cène
 
à Louis Lefebvre,
tout du Seigneur,
rien du Monseigneur.
 
D'abord, n'être pas treize, ne pas tenter le Diable
Plutôt l'avoir à l'œil, surveiller ses lubies,
Et pour ça, le convier. A souper on le prie :
Qu'il vienne ! Et nous voilà quatorze à table.
 
On bouffe du curé, et on a du mérite,
Car c'est pas du nanan que cette carne-là,
Boucanée à l'encens, vieillie sous le vieux drap,
Rafraîchie seulement s'il pleut de l'eau bénite.
 
Il faut pour que ça passe, monter un stratagème
Oindre la sainteté d'une beurrée d'expectase
Inférer des abus des faces de carême,
 
Noyer dans l'outrageant, se rincer de blasphèmes.
Et c'est pas au dessert qu'on atteindra l'extase :
De grasses religieuses barbouillées de Saint Chrême !
 
 
 
 
DEUX DOIGTS DE METEMPSYCOSE
 
 
Etre chat, même vieux, et sur qui déjà lorgne
Après six vies passées un septième trépas,
Ventripotent assez, et mesurant son pas,
Scrofuleux, asthmatique, diabétiquement borgne,
 
La toison clairsemée, boursouflé de la trogne
Tout à la fois difforme, bancal et de guingois,
Rein cassé, cœœur transi, corps perclus aux abois,
Et l'âme ravalée avec la vergogne,
 
De plus basse gouttière qu'oncques fut en ce monde
Sans race, sans renom, sans autre tatouage
Que les bleus horions récoltés à la ronde,
 
Sans ambition non plus,que d'amasser plus d'âge
En conservant, griffes rentrées, souffrant la laisse,
Cet ultime plaisir : avoir une maîtresse.
 
 
 

serie 3
Par Jean-Michel LEVENARD - Publié dans : POEMES - Communauté : Vive le désordre !
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