POEMES

Publié le par Jean-Michel LEVENARD

PROPOSES A VOTRE CURIOSITE :                                                           RETOUR A L'ACCUEIL











POUR CONFIRMATION

à Armand DO


T'en souviens-tu des vieux et des vieilles d'avant ?
De Jeanne la Lorraine, Toinette l'autre chienne :
L'une vendait des brioches pour payer ses fredaines,
L'autre brûlait les planches d'un night-club à Rouen,

De Loulou la Pommelle, serrurier à Versailles,
Du parrain Gétorix de la Gaula Nostra,
- César le rectifia, un soir, rue d'Alésia -
L'autre perdit la tête de limer la ferraille -.

De Martell qui planta le raisin à Cognac,
D'Henri le maquereau qui mit sa poule à Pau,
De Bébert qui au pieu, l'avait, pour sûr, comac,

De Roland le neveu, de ses cors aux arpions.
Sont-ce des souvenirs ? des rêves de bistro ?
L'histoire est souvent rouge... d'épaisse confusion.

 



PORTE BONHEUR


Aux pauvres malchanceux que le malheur accable
Tant de façons offertes de rompre leur destin,
Qu'enfin le jour se lève sur un premier festin
Qui les change des miettes tombées dessous la table :

La patte de lapin - et pourquoi pas le rable !
L'amulette suédoise qu'adulent les crétins
La luzerne à six branches - pour l'âne, le picotin !
Ou le gris-gris bantou garanti véritable

Qui vous file la peste en sus du choléra.
Trop humaine faiblesse qui oncques ne flaira
Sous l'accorte promesse, le suif du charlatan.

Allons, cessons de rire, et de perdre du temps !
Lorsque le sort s'acharne, mieux vaut que l'on se pende,
Et je fournis la corde pourvu qu'on me la rende.

 



IN MEMORIAM PAUL LEAUTAUD
à Bruno Cortot


Il faut savoir user de ces joies éphémères :
Vous pouvez les enfants, sans peur, jeter des pierres
Pour casser les carreaux ou tuer les chatons,
En chantant "Vieille tante", scandant l'air des lampions.

Vous pouvez, jeunes corps, sauter la barrière,
Pour voler sur le fil, relique séculaire
Qu'attestent abondamment maintes reprises au fond,
Le trophée de vos rires, son ample pantalon.

Si vous ne craignez pas les chats roulés en grappes,
Courez donc l'aventure, entrez dans la maison,
Videz les écuelles des bêtes sur les nappes,

Puis approchez, sans craindre jamais qu'il vous attrape
Du vieillard endormi, rêvant sa soumission
A sa mère caressant un vieux matou qui lape.





IN MEMORIAM ROGER RABUTIN
SIEUR DE BUSSY



Etre mauvais chrétien, à l'aune de ces gens,
Ce n'était pas plus qu'eux être bien méchant homme.
Tels pontifiants tartufes qui écartaient la pomme,
En leurs déduits secrets lui montraient belles dents.

Ribote de carême, petits soupers galants,
Cela suffisait donc pour mettre un gentilhomme
Au ban de tout honneur, chassant de l'herbium
La tige vénéneuse abhorrée des orants.

C'était monnaie de Prince, valant pour pénitence :
Le Grand Louis débondait, d'une feinte fureur,
L'outre des sacrilèges qu'il gonflait d'abondance.

Et Bussy, dans sa cour, au plaisir des ripailles,
Ajouta désormais, celui consolateur,
Du salut cul tourné au Soleil de Versailles.






L'œil du singe
hommage à Bernard Dimey


Dans un zoo peut-être, mais allez donc remettre
L'exact lieu et l'heure des rendez-vous fortuits
Quand se sont épaissies, au-delà des minuits,
Nos brumes intérieures : je n'étais plus mon maître.

Et je vis cet
œil-là, fardé d'un bleu de nuit
La pupille brillant d'une escarboucle brune
Tantôt corolle ouverte d'un velouté de prune
Tantôt point rétracté, comme un astre qui fuit.

Cette perle de jais, luisante au clair de lune,
Exhalait la misère du déjà presqu'humain
Recueillant ses pleurs lourds au creux des quatre mains.

Je fixais donc cet œil, phare de l'infortune :
Prodige merveilleux du singe cafardeux,
Quand il fit demi-tour, soudain il en eut deux.




  



Pour mes vieux os


Si je devais mourir - admettons l'hypothèse -
Fi des marbres polis et des granits pesants !
J'aurais fini ma vie, sans doute pour longtemps,
Et l'on m'enterrerait sans souci de mes aises !

Je veux pour reposer une dalle de verre,
Les talons au fourré, la tête sur le chemin
D'un cimetière hanté chaque jour comme Toussaint
Et où l'on vient flâner, ou mieux, y boire un verre !

Je suis formel, gardez-moi bien les yeux ouverts :
Il aimait les étoiles, il admire le ciel clair.
Trouvez une raison,sinon, une ineptie.

Et je promets d'attendre - aurais-je bien le choix ? -
Que les filles en jupes s'approchent un peu de moi,
Mais je resterai sage, feignant l'ataraxie.


 


Cène


à Louis Lefebvre,
tout du Seigneur,
rien du Monseigneur.


D'abord, n'être pas treize, ne pas tenter le Diable
Plutôt l'avoir à l'œil, surveiller ses lubies,
Et pour ça, le convier. A souper on le prie :
Qu'il vienne ! Et nous voilà quatorze à table.

On bouffe du curé, mais c'est pas délectable :
Car c'est pas du nanan, même longtemps bouillie,
La carne boucanée sous l'aigre drap vieilli,
Et briquée à l'ancienne d'une poignée de sable.

Il faut pour que ça passe, monter un stratagème
Oindre la sainteté d'une huile d'expectase
Inférer des abus des faces de carême,

Noyer dans l'outrageant, se rincer de blasphèmes.
Et c'est pas au dessert qu'on atteindra l'extase :
De grasses religieuses barbouillées de Saint Chrême !


 



Valsez beau linge
hommage à Claude Terrasse


Ami, as-tu connu le temps des fils à linge ?
Des dessous de dentelles frétillant sans pudeur
Des guipures, fanfreluches en satin de couleur,
Des chemises accrochées comme de petits singes,

Du french cancan des bas relevant haut la jambe
Du vent qui sans façon mimait les postérieurs,
De tous ces affiquets dans un monde rieur :
On lavait en famille, mais on séchait ensemble.

On guettait la voisine étendant ses culottes
C'était le ralliement, comme au drapeau qui flotte
On criait "ça y est, elle ouvre la boutique"

C'était toujours lundi, qui ne s'en souvient pas ?
Ce n'était pas pervers, c'était arithmétique :
Si l'on en comptait neuf, c'est qu'elle n'en portait pas.


 




Les Colombes et la Paix
récit biblique


Quarante jours et nuits, tu parles d'une paille !
Ça meugle et ça remugle au fond de la barcasse.
Mais cette idée aussi de sauver toute race
Au lieu de bien purger la Terre de sa racaille.

Chacun, ici, oisif, ne songe que ripailles.
Le loup guigne l'agneau, la poule la limace,
Le gros lion lippu en veut à ma carcasse,
Les charançons s'envoient le blé de nos semailles,

La charpente s'effrite des termites à table.
Et le sommeil, jamais ! J'entends ces pipelets
Qui psalmodient béats leur chant interminable !

J'ai cloué aux bestiaux leurs becs insupportables
D'un rameau d'olivier, et qu'elles aillent au diable !
Mon Dieu, ces colombes, qu'elles nous foutent la paix !


 




Des Astres royaux

En riche lieu, Louis le Treizième qu'a pris corne,
Henri, odeur de suint, bélier puant et fier
Louis, le gémeau, masque de Sire, masque de fer
Charles, saint-guy danseur, qui s'agite, erre sans borne.

Louis, dont le règne fut sous l'insigne Poisson
Louis, le Trébucheur dont la tête verse au
Son. Louis, des fillettes, scorpion de cachot
Henri dont la balance penchait vers les mignons.

Charles, dit l'Indolent pour qui brûla la vierge
François, ferronnière à son cou de taureau,
Charles, corps douloureux où le crabe s'immerge

Louis, vieux lion, des angles nostalgique...
Ce bon Louis-Philippe n'est pas sur la photo :
La poire n'est pas encore un signe astrologique !


 




Le gueuleton du millénaire

Nous avons investi la vie et ses terrasses
Et soupé, resoupé, sans prendre de repos.
Tant qu'on nous a servi le vin et le gigot
Nous n'avons pas bougé, et pas cédé la place.

Sans doute était-ce trop ? Mais qui fait la grimace
Aux délicieuses grâces des ténors du fourneau
N'est pas loin de passer pour le roi des idiots :
Nous avons fait bombance, mené vie de palace.

Aucun à ce banquet n'a manqué d'estomac,
Certains même juraient que l'on remettrait ça.
Mais toute chose passe - qui affole ou rassure -

Et nous quittons, lune levée, au grand départ,
Un vide sidérant : le leg de vieux fêtards,
En vous laissant les chaises, générations futures !

 

 

 

 

 

 

 

Déjeuner des enfants.

Bonjour mes petits anges en bonnet de coton,
Il est temps de sortir de vos rêves profonds.
En bas, à la cuisine, dans de grands bols fumants
Vous attend le sang frais qu’a préparé maman.

Et des tripes humaines, grasses comme saucisses,
Des tranches de chair rose taillées en haut de cuisse
Des nerfs à croquer en rouleaux de réglisse :
Courez, courez, mes anges, partager ces délices !

Pas de doigts dans le nez, mangez-les proprement !
- Jamais la nourriture ne fut amusement –
Gardez-en un sur vous, si vous craignez le noir,

Que l’on pourra sucer pour s’endormir ce soir.
Ceux qui ont encor faim, mangez un peu de pain :
Hansel pour aujourd’hui, mais Gretel pour demain.

 

 

 

Réfugié climatique.

Depuis que ça marine et bouillonne en Baltique
Que les sternes déposent des œufs durs aux Glénan
Et qu’on nomme le phare, récif du Cordouan,
J’ai un nouveau statut : réfugié climatique.

Il ne tombe plus guère de neige sur ma boutique
Je me tiens à carreau au fond d’un cabanon,
Durillonnant des fesses sur la glace en béton.
Mutation génétique : d’arctique en arthritique !

J’ai le poil qui grisonne, la canine qui mollit.
Je n’ai plus goût au sang : adieu repas de phoque !
Je me cale l’estomac de bourre de kapok !

Mais j’ai, à ce qu’on dit, plus de philosophie
Et me chaut de savoir cette règle de droit :
On ne perd pas au change quand on n’a pas le choix .

 


 

 

contact : pascale.levenard@laposte.net


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